Sherlock Holmes – L’Etrange Affaire du Fil à Plomb (extraits)

Ce texte est un extrait des aventures montagnardes de Sherlock Holmes – Au Sommet de son Art, par Jean Pierre Banville, parues en avril 2015.

Sherlock Holmes - Au Sommet de son ArtRelisant mes carnets, je remarque n’avoir que très rarement raconté les enquêtes ayant amené mon ami Sherlock Holmes à s’intéresser à une pratique spor­tive. Il est maintenant temps de remédier à cet oubli de ma part.

Holmes est un boxeur accompli et pratique un art martial japonais dont j’oublie toujours le nom. Il connait les courses de chevaux et la chasse à courre. Il est un tireur émérite tant au pistolet qu’à la carabine. Il manie le bâton avec dextérité. Mais ce ne sont là que de vulgaires outils utilisés lors de ses nombreuses enquêtes. Car c’est l’activité cérébrale qui domine chez cet homme hors du commun et les manifestations sportives populaires ne l’intéressent pas plus que le nombre de lunes autour de Saturne.

La fin de novembre 1886 avait été pluvieuse à souhait. On racontait que des bancs de poissons remontaient les rues bordant la Tamise. Des inondations subites causées par la brusque montée des eaux avaient emporté quelques quidams qui noyaient leurs peines dans les sous-sols des bouges riverains. Certains conducteurs de fiacres songeaient à remplacer leurs voitures par des chaloupes hippomobiles. Le moral de la population londonienne était sous le niveau de la mer.

Dans notre appartement du 221B Baker Street, j’étais à terminer la rédaction de notre dernière enquête, « Le Chat du Tunnel Carpien ». Holmes, calé dans son fauteuil, lisait la chronique nécrologique du Times, souriant de temps à autre à la vue d’un nom connu.
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Sapience – Une aventure du Chevalier Dupin par JP Banville

Une petite nouvelle de Jean Pierre Banville qui raconte comment l’escalade a été inventé dans la forêt de Fontainebleau par le fameux détective Auguste Dupin, personnage créé par Edgar Poe :

Les premiers orages de mai 1834 lavaient le sang répandu au pied des barricades de Paris mais, heureusement, le cabinet d’étude de mon ami, sis au 33 rue Dunot, était encore un havre de calme au milieu de ces cataclysmes envoyés par les Dieux pour perdre les hommes.
Je posai ma pipe et me tournai vers mon ami qui était attablé devant une pile de manuscrits.
– Avez-vous maintenant une vision claire des oeuvres de ce Saint-Amant ?
Dupin leva les yeux.
– Tout n’est pas dit ! Son oeuvre est connue, sa vie beaucoup moins. Comme s’il avait voulu placer sa vie derrière une de ces étoffes orientales dont le chatoiement empêche de discerner avec clarté ce qu’elles recouvrent. Mais j’approche du but !
– Que pouvez-vous espérez de celui qui fut chargé, en son temps, de définir le burlesque et le grotesque ? Vous me l’avez défini : « le burlesque déconcerte la vanité humaine en présentant les grandes choses et les plus sérieuses d’un côté ridicule et bas ! » Il fut burlesque jusque dans sa biographie…
– Je crois, mon ami, que cette posture cache quelque chose.
A ce moment on cogna à notre porte puis, sans attendre la permission du maitre des lieux, le visiteur ouvrit et se présenta à nous.
C’était monsieur G., le préfet de police de Paris.
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Le Coq Volatilisé : un Mystère de Noël

Une petite histoire de Noël 2014 par Jean Pierre Banville :

Le maire frappa sur la table avec son bout de rame.
Pas de gentils petits coups comme on en voit dans les séries télévisées ! Non… il n’y allait pas de main morte, espérant calmer ses concitoyens qui en étaient presque venus aux coups… seule une vieille rame de doris pouvait supporter un tel traitement… et la rame de son père en avait vu d’autres, en pleine mer ! L’épisode du banc de morues assassines, on en parlait encore dans les foyers du village!
– Silence ! SILENCE !!!
Encore quelques coups de bout de rame puis l’assistance reprit son sang-froid.
– La municipalité possède déjà l’Eco-Parc du Maringouin et le Festival de la Peat-Moss. Je ne vois pas pourquoi on devrait investir des deniers publics pour deux parcs thématiques. Vos deux groupes m’assurent qu’on va recevoir plus de touristes… mais personne ne peut me présenter une étude fiable qui le prouve.
Un homme se leva.
– Oui Gérard… tu l’as, toi, l’étude ?
– Ben monsieur le maire, on a demandé à tous les clients de la coopérative, à la sortie du magasin, jeudi. Ils nous ont tous dit qu’il y aurait plus de touristes… donc plus d’emplois… C’est une étude ça, non ?
– Gérard, tu es en train de nous dire que la moitié de ta famille t’a affirmé qu’il y aurait plus de monde sur l’île si tu ouvrais le Parc du Homard… Homardville sur le dossier… et ce, suite à un investissement massif de la ville ! Vous savez tous que l’argent de la ville, c’est vos taxes, non ?
– Pas seulement l’argent de la ville ! J’ai transformé deux de mes tracteurs en homards !!! Comme des vrais avec des pattes et une queue… un mâle et une femelle comme ça on va pouvoir montrer la différence aux touristes. Les tracteurs-homards vont tirer des moules sur roues où seront assis les gens et on leur fera faire le tour de la ville ! Les quais, l’église, la coopérative, les restaurants, les bars…
– Attends… tu nous dis des moules ?
– Ben oui… comme des coques… des moules mais juste la moitié de la coquille des moules où on va mettre deux bancs! J’en ai déjà un de prêt dans mon garage !!
Une partie de l’assistance pouffa de rire. Le maire leva son bout de rame…
– Tu veux parler, René ?
– Vous voyez bien que c’est une arnaque, ce projet de Homardville, monsieur le maire ! De la grosse dépense pour des emplois saisonniers et en plus on devra investir en publicité pour attirer les touristes. Ils vont venir ici se faire brasser le derrière dans un coquillage tiré par un homard ! Mon projet est une initiative locale qui profite à tous les citoyens !! Déjà que je dessers une rue entière…
– Comment ça, tu dessers une rue ? Mais tu n’as pas de permis !
– Juste un test… c’est entre voisins…
– René… si la nouvelle se rend au gouvernement, tu vas avoir les inspecteurs sur le dos !
– Pas de problème, monsieur le maire ! L’inspecteur demeure sur la Rue du Rivage et c’est justement cette rue qui me sert pour le test. J’ai relié toutes les maisons avec de la tubulure comme celle des érablières. Trois tubulures…
Quelques voix se firent entendre dans la salle contestant le fait que la Rue du Rivage devait être la première à être reliée à la cuve.
– Si je comprends bien, à l’heure où l’on se parle, une dizaine de maisons de la municipalité reçoivent de la bière à la demande…
– Ils ont le choix entre une ale, une brune et un porter… le porter, c’est surtout pour la résidence de personnes âgées. Je facture selon la consommation et le surplus de production va être vendu dans les villages entre Caraquet et Tracadie. Et comme le montre mon plan d’affaire, je veux ouvrir Maltville : un parc thématique sur la bière. Non seulement on verra arriver les touristes mais les gens de la Péninsule acadienne vont se pointer plusieurs fois par année ! Pourquoi envoyer notre argent aux grosses brasseries multinationales alors qu’ici, la bière, elle se vend comme de l’eau !
– Et je présume que tu vas avoir besoin des subsides de la municipalité… comme Homardville ! dit le maire.
– Le projet pilote est à mes frais mais si toutes les maisons sont reliées à la brasserie locale, je vais avoir besoin de liquidités… mais il y aura des emplois… faire visiter la brasserie, goûter aux produits…
– Raccompagner les touristes à leur hôtel parce qu’ils ont trop bu… Bon ! donc, si j’en crois la volonté populaire, je dois décider du projet qui recevra l’argent du programme de développement municipal … Vous aurez ma réponse à la réunion du 27 décembre, dans une semaine exactement ! Je vous souhaite à tous un Joyeux Noël !!
La salle du conseil municipal de Lamèque se vida dans le plus grand des brouhahas.
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Pied de Biche

Couverture Chroniques PaléoludiquesCe texte est extrait des Chroniques Paléoludiques de Jean Pierre Banville.

Rien de plus morne qu’un mardi matin dans une boutique de montagne.
Le lundi, on y voit arriver les habitués venant raconter leurs exploits du week-end. On voit aussi débarquer les clients déçus de leurs achats de la semaine précédente, les plaintes, les échanges, les retours de marchandise.
Mardi matin, c’est le calme plat.

Assis face à mes étagères, un café à la main, j’attends le premier client en feuilletant le dernier « Par Là-Haut ». L’ordinaire de la grimpe : photos et haut niveau.
Un bruit derrière moi.
Une jeune femme pénètre dans mon univers : la vingtaine, athlétique, joli minois, chemise et Capri de couleur. De longues jambes élancées se terminent par des pieds engoncés dans des sandales de cuir trop petites.
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Moments à Part (chapitre 5) : Olan, couloir occidental

Olan - couloir occidentalCe texte est un extrait du chapitre 5 « Olan, couloir occidental » de Moments à Part – Carnets d’un skieur de pente raide, de Thierry Clavel.

« Conservons [ces heures exaltantes] dans notre mémoire, pour qu’elles jalonnent l’étendue grise des années de quelques lueurs éclatantes qui en justifieront, peut-être, le sens… »
Henri Isselin

[…]

Pour l’heure, nous jetons un dernier coup d’œil sur les quatre descendeurs ayant tôt fait de rejoindre le ressaut.
Nous sommes maintenant seuls.

De hautes et impressionnantes parois dominent le couloir sur notre gauche, et peu après un virage à droite, nous découvrons la suite de celui-ci, plus étroite et plus raide au fur et à mesure que nous gagnons de l’altitude.

Sept heures après notre départ matinal, nous atteignons la dernière pente suspendue. Je repère les traces du miraculé et comprend alors que les rochers sautés l’ont bel et bien sauvé : sans cette rupture de pente, sa glissade n’aurait fait que s’accélérer pour une fin évidente.
Olivier est déjà au sommet depuis un moment. Lorsque je le rejoins, je suis encore à ces pensées qui tournent dans mon esprit. Quant à mon compagnon de course, il arbore un visage radieux !
Objectivement, malgré les nombreuses traces, le couloir reste en excellentes conditions : nous avons vu juste.
Le principe premier de la pente raide et du ski de randonnée en général pourrait s’édicter ainsi : être au bon endroit au bon moment.
Vivre la réussite du bon choix est alors une superbe récompense.
Et aujourd’hui, cela devrait être le cas !
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Opération dédicaces de Noël

Santa Claus BanvilleCette année les Pères Noël s’appellent Thierry et Marco !

Pour les fêtes de fin d’année, Thierry Clavel et Marco Troussier vous proposent de vous dédicacer leurs livres !

Pour ce faire, commandez les livres en cliquant sur les boutons Ajouter au panier marqués Opération de Noël. Dans l’interface de paiement Paypal, pensez alors à indiquer le nom de la personne à qui dédicacer le livre grâce au champ « Remarque à l’attention du vendeur » avant de payer. En cas de problème, contactez-nous directement par email.

Thierry et Marco se feront une joie d’ajouter un petit mot sur la page de garde de votre livre et de vous l’expédier rapidement par la Poste !

Dans la collection Ibex Books, vous trouverez sans aucun doute le cadeau qu’il vous manque ! Petit guide pour vous y retrouver :
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Joli succès pour l’Eminence Grise !

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Petit roman humoristique et décalé – une station de ski en Normandie, qui l’eut cru ?! – soutenu par une intrigue bien ficelée – mais qui a donc bien pu voler cette étrange relique mérovingienne ?Le Secret de l’Eminence Grise de Jean Pierre Banville plaît aux lecteurs !

Le premier tirage étant épuisé – et nous aussi ! – le livre a été réimprimé et un nouveau stock vient de nous parvenir, juste à temps pour Noël =D

Dollard Fallot nous a d’ailleurs commandé le livre pour son magasin de sports extrêmes à Cavaillon et son surfshop à Saint-Michel-Chef-Chef !

Informations, extraits (chapitre 1) et commande (versions papier ou numérique) du Secret de l’Eminence Grise

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Des sports extrêmes… en Valbonnais (Interview de Thierry Clavel)

Nous reproduisons ici une interview de Thierry Clavel, auteur de Moments à Part – Carnets d’un skieur de pente raide et de La Tête dans les Etoiles, parue dans la G@zette du Valbonnais de septembre 2014. Merci à Gilbert Jacquet pour son aimable autorisation !

Ski de pente raide à l’Olan (couloir occidental)

Ski de pente raide à l’Olan (couloir occidental)

Cascadeur de glace, alpiniste, escaladeur, skieur de pente raide, parapentiste… et admirateur de Monfils, tu as failli ne pas être un sportif. « Il y a seulement trois sports : la tauromachie, la course automobile et l’alpinisme ; tous les autres ne sont rien que des jeux d’enfants » aurait dit Hemingway. Qu’en penses-tu ?

Ouf, c’est passé près ! Bon, la vision d’Hemingway est selon moi dépassée, datant d’un autre âge. Il définit ainsi plutôt la « virilité » du gladiateur, ce qui ne correspond pas à ma façon d’être et d’agir…

Pour ma part, je définirais le sport comme toute activité impliquant le corps, réclamant technique et mental, dans laquelle l’individu cherche à s’accomplir, progresser, voire à se dépasser… (Il y a donc un bien plus vaste choix que les propositions d’Hemingway)

C’est ce que j’ai aimé dans le tennis (de Monfils) : pratiqué en compétition, ce sport présente de multiples facettes – physique, technique, tactique, mental – et donc de ce fait un grand intérêt. L’intense concentration exigée, le fait que rien ne soit joué jusqu’au dernier point présente ainsi en ce sens des similitudes avec les activités alpines.
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